L’humour, facteur de résilience
10 01 2010 par philippe
Kigali 1995. Rire pour ne pas pleurer.
Quelques mois après les horreurs du génocide, nous étions une petite équipe en visite dans la capitale rwandaise, pour une semaine de formation pour pasteurs et leaders. Nous avons appris autant que nous avons enseigné.
A la fin de la semaine, lors d’une soirée, deux amis pasteurs ont commencé à raconter ce qu’ils avaient vécu, l’un dans la guerre au Burundi et l’autre au cours du génocide au Rwanda. Des récits tellement douloureux et saisissants. Les massacres, les corps découpés devant eux, les abus, les viols, les trahisons, les chantages, les peurs paralysantes, les menaces… et servir Dieu au milieu de tout cela n’était pas une mince affaire. Les deux camps les soupçonnaient d’être complices avec les ennemis, s’ils ne voulaient pas prendre partie contre ceux de l’autre ethnie.
Alors que la soirée se prolongeait, un récit est raconté, ponctué de rires. Je me suis demandé pourquoi, mais chaque culture a son humour, n’est-ce pas ? Puis, un autre récit affreux et la même réaction de rires. Je me suis dit que ça devait venir de mon expression de blanc offusqué par tant de cruauté.
D’autres histoires ont suivi et chaque fois, des éclats de rire ponctuaient des paroles dramatiques. A un moment, j’ai été tellement étonné que j’ai posé la question :
- Mais pourquoi, est-ce que vous riez comme ça, pour des choses si terribles ?
- Philippe, nous rions pour ne pas pleurer. Car nous avons déjà tellement pleuré pour tout cela.
Et là, j’ai compris comment le rire peut agir comme une protection contre la douleur et un baume contre la dépression.
C’est ce que Beaumarchais écrit dans le Barbier de Séville : « Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer ».
Il est vrai que l’humour est une façon de relier les réalités d’un monde parfois triste, avec l’image d’un monde meilleur. Apprendre à relier ces deux mondes est un facteur de résilience.
« L’humour est la liaison entre l’habituel et le surprenant. A chaque fois que nous rions, nous faisons le saut entre deux mondes. » Margie Brown.
Avons-nous le droit de rire dans une situation de douleur ?
« Dans une culture de la mélancolie, la fête est toujours sale » J. Arès.
Pour certains il y a quelque chose de honteux à être heureux alors que le malheur vous a atteint. Vous avez le droit d’attirer la sympathie si vous souffrez, mais si vous ne souffrez plus, vous n’avez plus d’intérêt pour nous. Pourtant l’humour contribue à la guérison.
L’humour contribue à la guérison
Dans la Grèce antique, la thérapie des centres de soins incluait une visite à « la maison des humoristes ». Le rire est un tranquillisant naturel, qui entraîne dans notre cerveau la libération d’endomorphines.
Pro.17:22 : Un cœur joyeux est un bon remède, mais un esprit abattu dessèche les os.
« Au fur et à mesure des années, j’ai vu un nombre surprenant d’exemples de patients qui selon toute apparence, s’étaient guéris par le rire ou au moins avaient utilisé leur sens de l’humour comme une réaction positive à leur maladie. Il y a une relation inversement proportionnelle entre l’humour et la douleur ». Raymond Moody.
Novembre 1984, le magazine « Medical Prevention » écrit : « la communauté médicale redécouvre que l’humour et le rire jouent un rôle thérapeutique important et favorise la guérison. Il a été prouvé que des émotions négatives peuvent engendrer le cancer. Il est fascinant de se rendre compte que les cellules T et B du système immunologique sont bloquées dans leur fonctionnement lorsqu’un individu est déprimé, désespéré ou malheureux. Savoir cela est passionnant car si des émotions négatives peuvent être la cause du cancer, des émotions positives peuvent aider à le prévenir ou même à le guérir lorsqu’il est apparu. » N. Cousins
La santé dépend donc aussi de notre état d’âme. L’humour, le rire et la joie favorisent la santé
Norman Cousins écrit : « aucune créature au monde n’a une pharmacie interne aussi puissante et aussi variée que l’être humain. Son attitude psychique peut engendrer une capacité de prescrire les substances dont il a besoin. Le cerveau envoie dans le courant sanguin des milliers de combinaisons de sécrétions qui ajustent les fonctions physiologiques. » La volonté de guérir. N. Cousins. 1984
Rire de soi est un moyen de vivre heureux. Rire des autres est dangereux.
L’humour montre un cœur dans la grâce avec soi-même. Le mot humour vient de la même racine qu’humilité. L’humour contribue à la joie. Il nourrit le goût de vivre et développe une saine humilité. Se moquer de soi aide les autres à tirer les leçons de leurs erreurs.
Les problèmes que l’on camoufle deviennent de gros problèmes. En sachant rire de vos erreurs et faire rire les autres, vous les invitez à admettre les leurs et à en tirer les leçons.
Les faux amis de l’humour : sarcasme et moquerie.
Un cœur aigri peut essayer de faire de l’humour, mais il a un goût aigre ou acide. Le sarcasme, le cynisme et la moquerie n’ont rien à voir avec l’humour guérissant et résilient. Ce sont des porteurs de destruction.
Pro.17.5 : Qui se moque des pauvres outrage celui qui les a faits. Celui qui rit du malheur d’un autre ne sera pas impuni.
J’ai tellement appris dans mon adolescence le sarcasme que les étudiants pratiquaient comme un sport national. Il a fallu que je désapprenne ce type d’humour, « pince-sans-rire » et piquant.
Un long apprentissage m’a appris à sourire davantage de mes propres erreurs et des situations cocasses dans lesquelles je peux me trouver. L’humour peut être chaleureux et tendre. La vie a meilleur goût, assaisonnée avec ce type d’humour.
Apprenez à rire de ce que vous faites, sans rire de ce que vous êtes ! Rire de soi ne signifie pas se mépriser ou s’avilir.
Les personnes qui rient d’elles-mêmes avec grâce deviennent résilientes. « Le rire est un désinfectant ». M. Chapelan.
Considérant les études faites sur les personnes résilientes, il est évident que celles qui se sortent le mieux des situations difficiles, sont celles qui ont développé un sens de l’humour et une attitude de joie. Riez de la vie et elle vous sourira.
Questions :
1 – Sur une échelle de 1 à 10, comment situez-vous votre sens de l’humour dans la vie ou au travail ?
2 – Quel genre de faux ami de l’humour devez-vous écarter de votre vie : Sarcasme, ironie, moquerie ?
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