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« Une 3ème voie
Itinéraire de mai à Août07… »

L’enjeu de la francophonie

par philippe

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Qu’est ce que la francophonie ?

Nous devons la notion de francophonie au géographe Onésime Reclus, fils du pasteur évangélique d’Orthez. Il la définit comme « l’ensemble des pays et des territoires où l’on parle le français. » Il la voit comme « une solidarité humaine à travers le partage culturel. »

La langue française.

« La langue française : un merveilleux outil trouvé dans les décombres du colonialisme », selon le président Senghor du Sénégal.
Au-delà du « parler-français », il y a le « penser-français ». « C’est un mode de pensée et d’action : une certaine manière de poser le problème et d’en chercher des solutions… » Car une langue est vecteur de principes mentaux ; elle forme une mentalité et une façon d’aborder les choses.
Si la langue grecque a contribué à l’unité du champ missionnaire des premiers siècles, au Moyen Age c’est le latin qui est porteur du message chrétien dans le monde romain. Il va se transformer en différentes langues dont le français.
Le français acquiert une universalité par l’essor de la France, même en Angleterre, en Allemagne et en Italie.
C’est une langue d’ouverture et de rayonnement à vocation internationale. L’héritage de plus de deux cents millions de personnes sur les cinq continents.
« La langue française abolit les distances créées par l’Histoire et la géographie en rapprochant les cœurs », dit le président Lamine Guye (Sénégal) en 1977.
Par l’essor culturel du français en Europe, par les découvertes territoriales en Amérique ou en Inde, tout comme pour la réalité historique du colonialisme, la langue française a acquis un statut exceptionnel de communication.

L’espace de la Francophonie.

C’est en 1534 que Jacques Cartier « découvre » le Canada et ouvre la porte aux Français. Les Français s’établissent en Louisiane, où le roi voulait perpétuer son nom, et sur d’autres terres américaines. Les Antilles rappellent � la France qu’elle a pratiqué l’esclavage et que le commerce triangulaire entre l’Afrique, les ports français comme Nantes et Bordeaux et les Iles, a été une des plus grandes hontes sur la nation. Ces éléments conjugués ont permis aux Français de s’établir sur le continent américain.
Colbert encourage des Français à s’installer dans des comptoirs en Inde, tels que Pondichéry. L’exil des huguenots en Afrique du Sud et aux USA permet une extension de la culture française. Au XVIIIe siècle, avec l’influence des penseurs et philosophes français, on parle de « l’Europe française ». En Roumanie et en Russie, les monarques et l’élite étudient en français.
L’expansion s’accentue encore aux XIXe et XXe siècles avec le colonialisme. Les exemples de l’Algérie (132 ans), de l’Indochine et de l’Afrique noire montrent le rayonnement de la langue française � son apogée.
Il est certain que ces périodes de l’histoire française ne sont pas sans taches ! Comme en témoignent les documents de l’époque, l’orgueil national est à saturation. De fait, « l’Empire colonial » est issu du nationalisme, qui est selon le Petit Robert « l’exaltation du sentiment national ; attachement passionné à la nation à laquelle on appartient, accompagné parfois de xénophobie et d’une volonté d’isolement. »

On assiste alors à un puissant mouvement fédérateur : « L’unification culturelle, forme initiale de la pensée unique, est poussée par le pouvoir central de Napoléon à Jules Ferry, sur le territoire national comme dans les colonies » (J.-J. Rosa).
Est-ce la raison pour laquelle, au lendemain de la bataille de Diên Biên Phu, on pouvait voir des affiches représentant un soldat mort sur une croix avec comme légende : « Ils se sont sacrifiés pour la liberté. »
Actuellement, de plus en plus de pays se joignent à la communauté francophone. A l’heure où j’écris, l’Albanie vient d’être acceptée dans la communauté, qui compte une cinquantaine de pays, dans les cinq continents.

Recherche de relations perdues.

Après la décolonisation, avec la montée de l’influence de l’anglais au travers du Commonwealth et des USA, les pays de langue française ont ressenti une soif de retrouver des échanges. Ce n’est pas un intérêt économique, mais le partage d’une culture qui a forgé le concept de la francophonie.
Le concept va se forger au travers de quelques dirigeants de nations francophones, dans les années 1960. Habib Bourguiba, le président tunisien, était l’un d’eux. Il dit à l’Assemblée nationale du Niger en 1965 : « La langue est un lien remarquable de parenté qui dépasse en force les liens de l’idéologie… Pour vous comme pour nous, la langue française constitue l’appoint à notre patrimoine culturel, exprime notre action, contribue à forger notre destin intellectuel et à faire de nous des hommes… appartenant à la communauté des nations libres. »
Le président du Sénégal, L.S. Senghor parle de la francophonie comme d’une « communauté intellectuelle ou spirituelle dont la langue nationale, officielle ou de travail est le français. »
Jean-Marc Léger du Québec propose de bâtir « une communauté internationale de langue française autour d’un idéal, celui du dialogue des cultures. »
Un projet va se dessiner avec la création en mai 1967, du Conseil International de la Langue Française à Paris. La première conférence d’États francophones s’est tenue à Niamey en février 1969. Ce projet se concrétise avec le premier sommet des pays ayant en commun l’usage de la langue française en février 1986, à Paris, avec une quarantaine de pays participants.
Les sommets de Québec (1987), Dakar (1989), Paris (1991) et de Maurice (1993) ont ouvert la route à une intensification dans les échanges et la collaboration. Le sommet de Cotonou en décembre 1995 a cherché à étoffer les structures de la francophonie avant le sommet de Hanoi en 1997 qui a équipé la francophonie d’une véritable structure géopolitique pour entrer dans le XXIe siècle. Le sommet de Moncton en 1999 et celui de Beyrouth en 2002 développent cette démarche.
En 2004, le sommet de Ouagadougou s’est axé sur le thème « un espace solidaire pour un développement durable ». Le prochain sommet aura lieu à Bucarest en Septembre 2006, sur le thème de « la société informationnelle et l’éducation pour tous. »

La communauté francophone.

C’est une communauté multiculturelle faite de différentes traditions se nourrissant les unes les autres et s’enrichissant mutuellement. Cette passion culturelle forme un ensemble de valeurs et de liens privilégiés entre les civilisations de la francité, de l’arabité, africaines, créoles, polynésiennes, asiatiques et américaines. Cette communauté vit au-delà des différentes idéologies, dans près de cinquante pays sur les cinq continents. « A l’heure actuelle, il y a une américanisation du monde dont on voudrait nous faire croire qu’elle est la culture universelle. C’est faux. La culture universelle doit procéder de toutes les cultures du monde : elle relève d’un échange généralisé et fécondant », dit Stelio Farandjis, secrétaire général du Haut Conseil à la Francophonie.
L’évolution démographique conduira la communauté francophone à représenter près de cinq cents millions de personnes dans les prochaines années du XXIe siècle (dont plus de cinquante pour cent vivront dans le tiers-monde).

Un nouvel espace économique et technologique.
Un dirigeant africain a dit que « l’ère des poètes est terminée, nous devons passer à l’action. »
Pour une coopération entre le Nord et le Sud, le principal défi est de créer une solidarité réciproque. Ainsi, l’Agence de la Francophonie, fondée en 1970, consolide et coordonne les institutions de la francophonie. En 1998, elle devient l’Organisation Internationale de la Francophonie. (OIF)
Dans l’audiovisuel, les agences d’images francophones ont été sollicitées (car 98% des images sont anglophones). TV5 est devenue la télévision francophone et diffuse en Europe, au Canada, aux Caraïbes et en Afrique.
La solidarité commence à s’exercer dans le domaine de l’agriculture, de l’énergie, de la communication, de l’information scientifique et technologique, de l’informatique. La faim et la santé demeurent des problèmes très présents. Alors il est vrai que lorsque l’on parle de coopération dans la technologie des inforoutes, certains « sourient jaune ». Il faut reconnaître le retard pris par la majorité des pays francophones dans les inforoutes, mais plus gravement dans toute la vie économique et sociale. Les micro-entreprises doivent encore pouvoir être aidées dans un partenariat solidaire.

La création artistique et culturelle.
Tant d’initiatives ont été et sont encore soutenues et encouragées pour récompenser les écrivains, les cinéastes, les acteurs, chanteurs, danseurs et autres artistes francophones. Mais, après avoir encouragé la création artistique, il faut commercialiser, diffuser aujourd’hui. La culture et l’économie doivent travailler de pair.

L’éducation.
Des efforts sont entrepris pour l’entraide, mais l’analphabétisme demeure fort dans plusieurs pays du tiers-monde francophone. Le jumelage d’écoles est considéré comme une bonne initiative qui tisse à la base les populations et les jeunes générations dans une solidarité et une complémentarité précieuses.

Une question se pose : Sur quoi reposerait une volonté d’une réalité francophone de l’Église ?

Pas sur un anti-américanisme français comme je l’ai souvent vu dans l’Église de mon pays. La francophonie n’est pas un repli sur soi, dans un esprit mesquin d’auto protection, mais une ouverture sur le monde dans un esprit de réciprocité dans l’échange. Et je rends grâce à Dieu pour ce que nos frères du monde anglophone nous ont apporté comme élargissement de mentalité et de foi.

1) Des ponts à bâtir.

L’Évangile est établi à divers degrés dans certains pays de l’espace francophone. Il serait injuste de ne pas mentionner le travail accompli par les missions catholiques dans les pays francophones. En effet, les pères blancs ont fait un travail missionnaire remarquable. Je veux aussi mentionner la Mission de Paris qui, chez les protestants, bien que tardivement, a aussi ouvert des portes de la foi. A ce propos, si les missions protestantes avaient suivi les routes de la francophonie, peut-être que l’adage « catholique est français, protestant est anglais », ne se serait pas établi dans les mentalités. Aujourd’hui, suite à la décolonisation, la responsabilité des ministères nationaux est établie. Toutefois, les échanges de ministères étant faibles ou inexistants, le besoin d’un catalyseur pour favoriser les relations multilatérales est apparu comme une nécessité criante.

2) Communication des « onctions » et des compétences.

Chaque continent porte en lui une grâce du Créateur (nous pourrions étendre cela � chaque nation). Dieu, le Créateur des nations a déposé sur chaque pays une intention rédemptrice, une grâce particulière pour développer son identité et jouer son rôle dans le concert des nations. Il est si précieux de reconnaître ces dons de la grâce sur chaque pays. C’est là que le concert des nations prend toute sa dimension.

Quand l’Église d’une nation est en contact avec l’Église d’un autre continent, elle reçoit cette grâce surnaturelle déposée par l’Esprit sur l’autre. C’est une communication divine en même temps qu’un élargissement culturel, par lesquels nous comprenons le mot « complémentarité » et manifestons ensemble la sagesse infiniment variée de Dieu, vivifiée dans toutes les cultures. Ainsi l’Église est enrichie et fortifiée au contact des autres et le coefficient de son efficacité augmente.

3) Une influence chrétienne dans la communauté francophone.

La Francophonie est une réalité récente sur le plan socio-politique, économique et technologique. Une idée neuve pour la suite du monde… Alors que les institutions coordonnent et planifient des projets divers pour modeler l’avenir des pays de langue française, les chrétiens doivent se mobiliser en vue de manifester une présence conséquente et d’exercer une influence dans l’élaboration des projets pour la francophonie, sur le plan international.

L’enjeu de la francophonie : une société sans Dieu ou le Royaume de Dieu.

Si nous ne mobilisons pas de façon concertée les forces vives de la foi, nous n’aurons aucune raison de pleurnicher sur le fait que les dirigeants politiques, économiques et culturels ont bâti une communauté sans tenir compte du potentiel que représente l’Évangile dans les nations francophones. Et nous verrons encore des actes douloureux dans nos pays, sans que nous soyons organisés en force prophétique, capable de « poser ses mains sur celles des rois » qui tiennent l’arc du pouvoir selon 2 Rois 13:16.

Bien souvent, dans les relations internationales, les alliances économiques prennent le pas sur les amitiés déclarées. Cela crée des situations douloureuses. On comprend alors la colère des pays africains à l’égard de notre pays ou le sentiment d’abandon ressenti par nos amis libanais, au moment de la guerre du Golfe.

Christine Boutin s’étonne de l’intervention si rapide de la France au Koweit, et de sa trahison à l’égard du Liban, pays ami depuis si longtemps et livré à un pays voisin.

« J’avais encore en mémoire le silence français au Liban, qu’encore aujourd’hui les Libanais (et pas seulement les chrétiens) ont beaucoup de mal à comprendre. Je ne pouvais m’empêcher de comparer les deux situations : au nom des principes, on se taisait d’un côté, refusant d’apporter une vraie aide à un allié (que dis-je, à un ami plusieurs fois séculaire), et de l’autre côté on se ruait au secours d’un peuple, certes en danger, mais que la présence américaine suffisait amplement à secourir. Comment considérer cette guerre autrement que comme une gigantesque mascarade ? »

Et malgré cela, la Francophonie est un fait. Vous pouvez être pour ou contre, cela ne changera rien. Elle est en route et se développe. La France est là et on se demande parfois si le vieux rêve de Ferry, « une humanité sans Dieu », n’est pas l’idéologie qui se répand au travers d’elle. L’enjeu de la francophonie n’est pas un petit gadget exotique. Il touche des millions de personnes et représente une part de l’avenir de nos enfants.

Avec toute mon affection et ma passion pour voir l’Eglise de Francophonie se développer sainement ;

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